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UNITÉ ET COHÉSION SOCIALE:
Les conditions de la victoire contre le terrorisme au Sahel
January 26, 2026 at 7:00 PM
by SilmBaore – Stratégies pour le Développement
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UNITÉ ET COHÉSION SOCIALE :

Les conditions de la victoire contre le terrorisme au Sahel

Dans un contexte sahélien marqué par une insécurité persistante et des défis sécuritaires sans précédent, l'Alliance des États du Sahel (AES) représente un espoir de souveraineté retrouvée. Mais cette ambition régionale se heurte à des fractures internes qui menacent sa cohésion : racisme, ethnicisme, régionalisme, communautarisme et xénophobie. Ces dérives ne sont pas de simples désaccords sociaux — elles constituent une menace stratégique directe contre la stabilité de nos nations.

1. Un Sahel à la croisée des chemins

Le Sahel traverse une période charnière de son histoire. Face aux menaces terroristes qui endeuillent nos populations depuis plus d'une décennie, les États du Mali, du Burkina Faso et du Niger ont fait le choix audacieux de l'union à travers l'Alliance des États du Sahel. Cette initiative porte en elle la promesse d'une réponse collective, souveraine et coordonnée aux défis sécuritaires qui nous assaillent.

Pourtant, au moment même où cette alliance se construit, des discours divisionnistes gagnent du terrain dans nos sociétés. Sur les réseaux sociaux, dans certains médias et parfois dans les discours politiques, des voix s'élèvent pour opposer les communautés les unes aux autres. Ces discours de fragmentation représentent un danger aussi réel que les groupes armés que nous combattons.

2. Comprendre les fractures pour mieux les combattre

Avant d'agir, il convient de nommer précisément ce contre quoi nous luttons. Le racisme consiste à hiérarchiser les êtres humains selon leur apparence physique ou leur origine, créant des catégories de citoyens de première et de seconde zone. L'ethnicisme pousse cette logique en politisant l'appartenance ethnique, transformant la diversité culturelle en instrument de division politique.

Le communautarisme, qu'il soit religieux ou ethnique, enferme les individus dans leur groupe d'origine et place l'intérêt communautaire au-dessus de l'intérêt national. Le repli identitaire traduit une fermeture défensive où l'autre devient systématiquement suspect. Le régionalisme oppose les territoires entre eux, créant des compétitions stériles pour les ressources et le pouvoir. Enfin, la xénophobie rejette l'étranger, y compris parfois nos propres compatriotes perçus comme différents.

Ces phénomènes ne sont pas nouveaux dans nos sociétés, mais leur instrumentalisation actuelle atteint une ampleur préoccupante qui fragilise le tissu social de nos nations.

3. L'AES fragilisée par les divisions internes

L'Alliance des États du Sahel repose sur un pari fondamental : que nos peuples partagent une communauté de destin au-delà de leurs différences. Ce pari devient impossible à tenir lorsque les discours identitaires fragmentent le corps social. Comment construire une défense commune lorsque la méfiance règne entre communautés ? Comment mutualiser les renseignements lorsque des populations entières sont stigmatisées et se replient sur elles-mêmes ?

La fragmentation sociale affaiblit également la légitimité des institutions. Lorsque des citoyens se sentent exclus sur la base de leur origine ethnique ou de leur appartenance religieuse, leur confiance envers l'État s'érode. Ils deviennent alors des proies faciles pour les groupes qui exploitent ces frustrations, qu'il s'agisse de mouvements séparatistes ou de groupes terroristes.

L'instrumentalisation politique des identités constitue une autre menace directe. Des acteurs peu scrupuleux attisent les tensions communautaires pour des gains électoraux ou pour affaiblir leurs adversaires. Ce faisant, ils sapent les fondements mêmes du vivre-ensemble qui devrait être le ciment de nos nations.

4. Le terrorisme se nourrit de nos divisions

Les groupes armés terroristes ne sont pas de simples observateurs de nos querelles internes. Ils analysent méthodiquement nos fractures sociales et les exploitent avec une redoutable efficacité. Leur stratégie de recrutement cible précisément les communautés qui se sentent marginalisées ou victimes d'injustices.

Lorsqu'un jeune se sent rejeté par sa propre société en raison de son appartenance ethnique ou religieuse, les discours extrémistes trouvent un terreau fertile. La radicalisation n'est pas un phénomène spontané : elle s'enracine dans des frustrations réelles que nos propres comportements alimentent parfois. Chaque acte de discrimination, chaque discours de haine pousse potentiellement un citoyen vers ceux qui lui promettent reconnaissance et appartenance.

La rupture du lien entre les forces de défense et certaines populations représente une conséquence particulièrement grave de ces divisions. Lorsque des communautés entières perçoivent l'armée nationale comme hostile, le renseignement local se tarit. Or, sans les yeux et les oreilles des populations civiles, aucune force armée ne peut efficacement combattre une insurrection. Les groupes terroristes le savent et travaillent activement à creuser ce fossé.

5. Les discours de haine : un carburant pour les conflits

Les réseaux sociaux ont démultiplié la portée des discours de haine. Ce qui autrefois restait confiné à des cercles restreints peut désormais se propager à des millions de personnes en quelques heures. Des comptes anonymes diffusent quotidiennement des contenus qui opposent les communautés, déforment l'histoire et attisent les rancœurs.

Certains médias, par sensationnalisme ou par calcul, amplifient ces tensions plutôt que de les apaiser. La course à l'audience conduit parfois à privilégier le spectaculaire sur le responsable, le clivant sur le rassembleur. Les influenceurs et leaders d'opinion communautaires portent également une responsabilité considérable : leurs paroles touchent des milliers de personnes qui leur font confiance.

L'effet boule de neige de ces discours est documenté : une provocation en entraîne une autre, les camps se durcissent, et des violences réelles finissent par éclater. Ce qui commence comme une joute verbale sur un réseau social peut se terminer en affrontements intercommunautaires dans nos villages et nos quartiers.

6. Agir maintenant : un impératif de survie collective

Face à ces menaces, l'inaction n'est pas une option. Les pouvoirs publics doivent renforcer les cadres juridiques sanctionnant l'incitation à la haine et veiller à leur application effective. La lutte contre ces dérives ne peut reposer sur la seule répression : elle exige un travail de fond sur l'éducation civique et historique.

Nos systèmes éducatifs doivent former des citoyens conscients de la richesse de notre diversité et des dangers de la division. L'enseignement de notre histoire commune, avec ses pages glorieuses et ses moments sombres, peut constituer un puissant antidote aux manipulations identitaires.

Les médias et les plateformes numériques doivent assumer leur responsabilité. Des mécanismes de modération efficaces, une charte éditoriale responsable et une vigilance constante sont nécessaires pour empêcher que ces espaces ne deviennent des incubateurs de haine.

Les leaders religieux et traditionnels disposent d'une autorité morale considérable. Leur engagement actif pour prêcher la tolérance et le respect mutuel peut toucher les cœurs là où les lois ne pénètrent pas. De même, chaque citoyen peut contribuer en refusant de relayer les discours de haine et en promouvant activement le dialogue intercommunautaire.

7. L'unité : notre arme la plus puissante

L'histoire nous enseigne que les sociétés divisées sont des sociétés vulnérables. Les empires les plus puissants se sont effondrés non pas sous les coups de leurs ennemis extérieurs, mais minés de l'intérieur par leurs propres contradictions. Le Sahel ne peut pas se permettre ce destin.

La cohésion sociale n'est pas un luxe philosophique : c'est une condition de notre survie collective. Chaque pont que nous construisons entre nos communautés renforce notre capacité à résister ensemble. Chaque main tendue vers l'autre affaiblit ceux qui veulent nous voir divisés et vaincus.

L'Alliance des États du Sahel ne pourra tenir ses promesses que si elle s'appuie sur des peuples unis dans leur diversité. Cette unité ne se décrète pas : elle se construit patiemment, par des actes quotidiens de reconnaissance mutuelle et de solidarité.

Citoyens, responsables politiques, leaders religieux, journalistes, enseignants : nous sommes tous gardiens de notre vivre-ensemble. Face aux marchands de haine et aux semeurs de division, opposons la force tranquille de notre unité. C'est à cette condition, et à cette condition seulement, que nous vaincrons.

Pour un Sahel uni et souverain